LES CAFES ET LEUR PUBLIC
ENTRE LE XVIIe ET LE XXe SIECLE
On
se verra au café» ou « Il est sûrement au café»
- depuis près de trois siecles, ce genre d'injonction ou de constatation
revient constamment dans les conversations.« Prendre le café»
est devenu un rite fondamental dans la vie des familles bourgeoises et leur
pratique de l'hospitalité. On peut en dire autant du fait « d'aller
au café», autrement dit du fait de se rendre dans un lieu public
pour consommer un café, qui a engendré un systeme de normes comparables.
Les habitudes liées à la consommation du café sont toutefois
très différentes de celles liées à la consommation
de la biere ou du vin.
On
allait et on va toujours au café pour les raisons les plus diverses.
Chaque groupe social a ses motivations et donc ses désirs propres, dont
la profession a tenu compte en créant différents types de cafés
destinés à satisfaire les besoins les plus variés. La grande
diversité des cafés, leur évolution différente selon
leur rôle dans le domaine de la restauration, les services très
inégaux qu'ils proposent font que la notion de café typique varie
beaucoup selon les époques, les endroits, les nations et les milieux
sociaux. Le café a mille visages qui changent avec les conditions historiques,
l'optique particulière d'un groupe social ou d'une nation, mais que l'on
peut ramener à une douzaine de types essentiels de maisons de café.
Ils se distinguent par leur décor et par la composition sociale de leur
public, et chaque catégorie de café donne lieu à des appreciations
qui varient énormément selon les convictions (ou les préjugés)
personnels ou la position sociale de celui qui juge (le café de luxe
bourgeois, typique de la fin du XIXe siècle, peut par exemple être
considéré comme un symbole de l'oisiveté et du parasitisme
bourgeois).
Depuis 1750 on pleure regulièrement tous les
quarante à cinquante ans la fin de «l'âge d'or» des
maisons de café: On pouvait entendre ces lamentations en I750 àLondres,
entre I790 et 1871 en France, et partout en Europe depuis 1914. A chaque fois,
elles étaient motivées par une observation fort juste en partie:
Un certain type de café avait alors perdu effectivement son rôle
de symbole culturel d'une époque revolue; mais à chaque fois,
ces plaintes revélaient aussi une incompréhension totale de
la finalité des cafés qui sont d'abord des entreprises de restauration.
Ils peuvent certes fournir un cadre ideal aux artistes et intellectuels de
tous bords, mais ceux-ci n'ont jamais constitué l'essentiel de leur
clientèle.
Cent
fois, on avait pris le deuil des cafés, et cent fois, ils avaient ressuscité
sous tant de formes nouvelles qu'il est impossible d'en définir les contours
une fois pour toutes.